Réflexion spirituelle - juin 2019

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Réflexion spirituelle

J’aimerais partager avec vous aujourd’hui une réflexion à laquelle je pense depuis un certain temps, soit le rôle, s’il y en a un, des chrétiens catholiques et en particulier des vincentiens, dans l’évangélisation de notre église et de nos voisins. Le mot évangélisation semble un bien grand mot, qui tire ses origines du temps des Romains. En effet, dès qu’on gagnait une bataille et qu’on agrandissait ainsi le territoire, on chargeait quelqu’un d’aller « évangéliser l’événement ou encore de répandre la bonne nouvelle parmi la population romaine ». Il s’agissait donc d’un concept positif à l’occasion d’un événement heureux. Toutefois, dans notre culture sécularisée d’aujourd’hui, ce terme semble avoir une connotation négative en ce sens qu’évangéliser signifierait prêcher aux autres en nous prétendant meilleurs qu’eux, une attitude à éviter. Certains d’entre nous nous sentons également coupables de parler de notre foi, étant d’avis que nous savons peu de choses de la bible et craignant ni plus ni moins d’embarrasser les autres catholiques ou mêmes des gens ne faisant pas partie de l’Église. On peut certainement comprendre que les catholiques, particulièrement les catholiques de naissance, comme moi, n’ont habituellement pas étudié la bible sérieusement, comme cela peut être le cas parmi nos autres frères chrétiens. Nous croyons que nos frères et nos sœurs consacrés sont là pour expliquer notre foi, si nécessaire. Pourtant, il est très clair depuis le début que Jésus a commandé à tous ses disciples, dont nous faisons partie en tant que chrétiens baptisés, de répandre sa Bonne nouvelle. Comme le souligne le pape François dans sa Joie de l’évangile : « Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation… Chaque chrétien est mis au défi, ici et maintenant, de participer activement à l'évangélisation ou de répandre la Bonne nouvelle. »

Je suis certain que vous serez d’accord avec moi sur le fait que tant au sein de l’église qu’à l’extérieur de celle-ci, le besoin est grand de comprendre, réellement et de façon personnelle, la Bonne nouvelle de l’amour, du pardon et de la rédemption de Dieu. Nous voyons autour de nous le départ des catholiques de nos propres familles. Un nombre grandissant de jeunes déclarent n’être « rien », c’est-à-dire n’être aucunement associés à une croyance religieuse. Pourtant, il semble y avoir une grande soif de recherche pour trouver une signification réelle à la vie et le désespoir semble habiter bien des secteurs de notre société occidentale. Il semble que plus nous possédons de biens matériels, plus nous nous appauvrissons spirituellement. Comme le disait Mère Teresa de Calcutta : « ... la pauvreté spirituelle du monde occidental est bien plus grande que la pauvreté matérielle de nos gens en Inde. Le monde est rempli de gens qui meurent pour un bout de pain, mais encore plus nombreux sont ceux qui meurent pour un peu d’amour… Ces gens sont pauvres non seulement de solitude, mais aussi de spiritualité… Ce qui leur manque vraiment est une relation vivante avec Dieu ». Si nous, chrétiens, avons la connaissance et l’expérience de ce que nous disons être la véritable signification du Christ ressuscité, pourquoi voudrions-nous nous retenir de partager cela avec les autres?

Au niveau individuel, il serait naturel pour nous de partager une bonne nouvelle avec les gens, particulièrement avec nos amis, par exemple un mariage dans la famille, un nouveau bébé ou l’obtention d’un bon emploi. Plus la nouvelle nous semble importante, plus il est difficile de la garder pour nous. Alors il semble évident de demander pourquoi nous ne serions pas confortables de parler de cette extraordinaire Bonne nouvelle du Dieu tout-puissant qui vient vers l’humanité au cours de l’histoire, nous montrant sa nature aimante et nous montrant le chemin menant à la vie éternelle et au bonheur, tout en promettant toute l’aide dont nous aurons besoin en chemin. Est-ce que je comprends vraiment ce que cela signifie? Est-ce que j’y crois vraiment? Est-ce que je sens que Jésus est présent dans ma vie? Chacun de nous doit se poser ces questions et y répondre de manière personnelle. Il me semble qu’en tant que chrétiens, nous devons concilier notre état d’esprit et notre cœur avec ces questions si nous voulons trouver la paix à travers cette apparente contradiction. En effet, nous n’avons pas eu, comme les premiers chrétiens, l’occasion de voir de nos yeux les signes que Jésus nous a donnés ou de voir et de toucher son corps ressuscité, ni pouvons-nous nous attendre à ressentir les interactions directes et miraculeuses que des saints ont connues à travers l’histoire. Et pourtant, nous avons accumulé plus de 2000 ans de connaissances et d’expériences au sujet du Christ, nous avons l’Église, inébranlable dans ses enseignements de Foi et ses sacrements et nous avons aussi la promesse claire de Jésus qu’il s’agit simplement de demander pour recevoir aussitôt l’aide de l’Esprit-Saint, qui ouvrira alors notre esprit et notre cœur afin de comprendre et ressentir Sa présence de manière unique et personnelle. Nous sommes souvent incertains face au partage de la Bonne nouvelle avec les autres, nous demandant si notre discours doit les les convaincre ou les convertir. En réalité, personne ne peut convaincre ou convertir quelqu’un sans la grâce explicite de l’Esprit-Saint, c’est un privilège qui n’appartient qu’à Lui. Nous sommes simplement appelés à reconnaître ce qui déjà nous rend heureux – la foi et l’espoir que nous avons dans le Christ, dans notre vie, nos actions et nos paroles, lorsque cela est approprié. Saint Pierre avance que « nous devrions être prêts à rendre compte de notre foi et notre espoir ». Et pourtant, notre nature humaine fait qu’il nous est difficile d’articuler cette foi et cet espoir et donc, comme nous le dit le pape François : « (…) nous devons tous accepter que les autres nous évangélisent constamment, (…) nous devons avant tout nous laisser nous-mêmes continuellement évangéliser, … employons-nous à une meilleure formation, à un approfondissement de notre amour et à un témoignage plus clair de l’Évangile » et « Notre imperfection ne doit pas être une excuse ; au contraire, la mission est un stimulant constant pour ne pas s’installer dans la médiocrité et pour continuer à grandir (…) comme (l’affirme) saint Paul : ‘Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course et je cours vers le but.’ (Phil 3:12-13) »

Au niveau de la Société de Saint-Vincent de Paul et de la communauté, les membres se réunissent afin de réaliser la mission de « vivre le message de l’évangile en servant le Christ à travers les pauvres avec amour, respect, justice et joie ». Dans la mesure où nous avons « vêtu ceux qui étaient nus, nourri ceux qui avaient faim, accueilli les sans-abri et visité les prisonniers », nous pouvons espérer avoir répondu aux attentes du Christ lors du jugement dernier et de la séparation des chèvres et des brebis. Cependant, ce qui aux yeux de Dieu donne leur valeur à tous ces gestes, est la façon dont nous les avons posés, c’est-à-dire avec amour, respect, justice et joie. La justice nous permet de voir le mérite de la personne que nous servons en tant que fils ou fille de Dieu. Une juste perception engendre le respect, le respect peut réveiller l’amour si nous portons Dieu au fond de notre cœur et la joie résulte des gestes posés par amour. La Bonne nouvelle de Dieu, telle que vécue et illustrée par Jésus, est que Dieu est amour, un Amour sans limites, inconditionnel. Et qu’est-ce que l’Amour? C’est la recherche désintéressée du bien de la personne que nous aimons et servons. Comme l’affirme saint Paul : « Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » (Corinthiens 1:13). C’est pourquoi, dans tous nos gestes de service, l’Amour ou la présence de Dieu doit être notre guide et notre condition, car sinon, au mieux nous devenons une autre organisation séculière de services sociaux et au pire, nos services ne sont qu’un séduisant instrument d’ego et d’orgueil.

Comment nous assurer que Dieu est présent pendant que nous donnons nos services aux pauvres? Nous faisons en sorte de ne donner que ce que nous avons. Cela exige donc que, fondamentalement, notre société soit un véhicule par lequel les membres peuvent s’aider les uns les autres à grandir dans la connaissance et l’amour de Dieu. En d’autres mots, nous évangéliser les uns les autres. Tout comme Jésus le commande : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et « ils sauront que vous êtes mes disciples en raison de votre amour ». Dans la pratique, l’évangélisation n’est pas tant d’enseigner la connaissance de Dieu que de porter attention aux expériences individuelles de l’intervention de Dieu dans nos vies et de partager ces expériences en nous encourageant les uns les autres dans notre foi. Comme nous accomplissons cela relève de notre propre imagination et peut varier selon les conférences et les circonstances.

Un jour, Pierre et Jean se rendirent au temple et y virent un paralytique, ayant été pauvre apparemment toute sa vie, ayant près de lui un sac pour recueillir les aumônes des gens qui passaient. Pierre lui dit : « Je n’ai pas d’argent du tout, mais je peux te donner ce que j’ai : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche », nous savons ce qui s’est produit ensuite. Que ferait un vincentien dans la même situation? Nous lui donnerions probablement de l’argent, de la nourriture, peut-être aussi des vêtements et un abri, si nécessaire. Ce sont toutes des bonnes choses. Mais qui parmi nous ne voit pas que le meilleur cadeau à offrir à cette personne serait la capacité de marcher à nouveau et qui parmi nous ne souhaiterait pas pouvoir faire la même chose pour lui? Non, nous ne pouvons pas, disons-nous, nous n’avons pas assez la foi, et Dieu ne fonctionne plus de cette façon. Et pourtant, peut-être, si le paralytique peut apercevoir Dieu à travers nous, peut-être pourra-t-il voir et ressentir la joie que nous éprouvons à compatir et à lui donner ce que nous avons, peut-être pourra-t-il reconnaître à travers notre partage que Dieu l’aime autant que n’importe qui d’autre et que sa souffrance a de la valeur aux yeux de Dieu. Le miracle peut encore se produire, mais cette fois de l’intérieur vers l’extérieur.

Tout comme dans cet exemple, nous sommes d’accord sur le fait que nous voudrions donner le plus beau cadeau possible au pauvre. Dans notre société d’aujourd’hui, le plus beau cadeau est vraisemblablement l’expérience et l’espoir d’une relation vivante avec Dieu, comme nous le disait Mère Teresa de Calcutta. Ce que nous accomplissons en offrant le confort matériel aux pauvres est certes important et positif, mais nous ratons réellement la cible si nous ne voyons pas le besoin du spirituellement pauvre. Après tout, il est très clair que le Christ a voulu que nous répandions la Bonne nouvelle auprès des pauvres – en montrant de l’amour de la manière la plus appropriée possible, mais avant tout, en partageant la Bonne nouvelle de l’amour et de l’espoir que Dieu offre au monde, par notre façon de vivre, notre façon de parler et de faire pour le mieux et notre façon d’articuler notre foi en lien avec notre propre expérience.

À chacune de nos réunions, nous prions pour que notre fondateur, Frédéric Ozanam, soit canonisé, pour devenir notre saint patron et modèle. Pensons-nous vraiment qu’il pourrait devenir un saint s’il n’avait que mis sur pied une grande organisation de service social qui vient en aide aux pauvres comme le font la Croix-Rouge ou Vision mondiale? Probablement pas. Ce serait plutôt parce qu’il a réussi à répandre la bonne nouvelle de l’amour de Dieu et de Sa rédemption du pauvre à travers ce que ce dernier a déjà dans son cœur – une joyeuse et vibrante relation avec Dieu, en Jésus-Christ. Après tout, l’évangélisation ne devrait pas être pour les vincentiens un concept étranger. L’évangélisation se trouve plutôt au cœur même de ce que nous faisons et de ce qui nous amène à réaliser nos objectifs et notre mission.

Joseph Tsui, membre du comité de spiritualité national
Conseil régional de l’Ouest

Réflexion partagée le 11 mai, lors de l’AGA du Conseil régional de l’Ouest

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