Réflexion spirituelle - Octobre 2020

Aller se pencher sur la misère

Ce qui a renversé Frédéric Ozanam pendant son parcours universitaire, été un point tournant de sa vie (tel Saul sur le chemin de Damas, Ac 9, 1-19, en moins spectaculaire), ce fut de manquer d’arguments contre ceux qui lui objectaient en mars 1833 que la plupart des chrétiens ne portait pas attention à la misère de leurs contemporains et se mobilisait encore moins pour l’alléger. Lisons des extraits de sa lettre à Léon Curnier, Paris, le 23 février 1835, qui en parle :

« Des savants ont comparé l’état des esclaves de l’antiquité avec la condition de nos ouvriers et de nos prolétaires et ils ont trouvé ces derniers plus à plaindre, après dix-huit siècles de christianisme. Donc à des maux égaux, il faut un égal remède. La terre s’est refroidie, c’est à nous catholiques de ranimer la chaleur vitale qui s’éteint; c’est à nous de recommencer le grand œuvre de la régénération, . . . »

« L’humanité de nos jours me semble comparable à un voyageur dont parle l’Évangile : elle aussi, tandis qu’elle poursuivait sa route dans les chemins que le Christ lui a tracés, elle a été assaillie par des ravisseurs, par des larrons de la pensée, par des hommes méchants qui lui ont ravi ce qu’elle possédait : le trésor de la foi et de l’amour; et ils l’ont laissée nue et gémissante et couchée au bord du sentier. Les prêtres et les lévites ont passé, et cette fois, comme ils étaient des prêtres et des lévites véritables, ils se sont approchés de cet être souffrant, et ils ont voulu le guérir. Mais, dans son délire, il les a méconnus et repoussés. »

« À notre tour, faibles Samaritains, profanes et gens de peu de foi que nous sommes, osons cependant aborder ce grand malade. Peut-être ne s’effrayera-t-il point de nous : essayons de sonder ses plaies et d’y verser l’huile, faisons retentir à son oreille des paroles de consolation et de paix; et puis, quand ses yeux se seront dessillés, nous le remettrons entre les mains de ceux que Dieu a constitués les gardiens et les médecins des âmes, qui sont aussi, en quelque sorte, nos hôteliers dans le pèlerinage d’ici-bas, puisqu’ils donnent à nos esprits errants et affamés la parole sainte pour nourriture et l’espérance d’un monde meilleur pour abri. »

« Voilà ce qui nous est proposé, voilà la vocation sublime que la Providence nous a faite. »

Oraison de la fête du bienheureux Frédéric Ozanam

Dieu, qui a suscité le Bienheureux Frédéric Ozanam, brûlant de Ton Esprit de charité, pour promouvoir des associations de laïcs en vue d’assister les pauvres, accorde-nous de suivre, à son exemple, Ton commandement d’amour pour être un ferment dans le monde où nous vivons. Par Jésus-Christ, Ton Fils, qui vit et règne avec Toi en l’unité du  Saint-Esprit maintenant et pour les siècles des siècles. Amen

Questions de réflexion, qui peuvent aussi nourrir un échange

  1. Comment l’époque d’Ozanam est-elle similaire à la nôtre? Qu’est-ce qui la rend différente? Y a-t-il eu des améliorations? Restent-ils des défis?
  2. Est-ce que j’ai, est-ce que nous avons, la Société de Saint-Vincent de Paul, une part de responsabilité dans le bien-être de la création de Dieu?
    Est-ce vrai que Dieu nous a confié sa création, l’humanité incluse?
  3. Valeurs humaines et valeurs évangéliques : Comment en sommes-nous venus, en tant que membres de la SSVP, à voir la différence et à les intégrer dans nos vies comme dans notre pratique caritative?
  4. En quoi les attitudes prônées par Jésus inspirent-elles notre engagement au service des pauvres?
    Où prenons-nous la peine d’y revenir pour mieux leur faire place?

Notes historiques

Dès sa fondation le 23 avril 1833, la jeune conférence de charité fait appel à Sœur Rosalie Rendu. Ses membres la suivent dans le quartier Mouffetard à Paris. Ils prennent alors plus conscience de la misère (promiscuité, logis insalubres, maladies, forte mortalité). Visiter les lieux où vivent les pauvres révèle l’étendue de leurs besoins. Cela exige un effort, mais permet d’identifier les symptômes avant d’apporter des remèdes. Pas surprenant que dans les semaines qui suivent, ils établissent que leur nouvelle société "devait être laïque et avoir pour but « le soulagement des malheurs individuels par la rencontre personnelle avec le pauvre »" [1]

En 1833, Ozanam faisait ses études en droit. Homme d’une érudition remarquable, il pouvait correspondre en six langues. En 1839, il obtint son doctorat ès lettres, puis l’agrégation pour devenir professeur de littérature comparée à la Sorbonne. Marié en 1841, il devint père d’une fille en 1845. Il s’engagea également en politique, passionnément républicain avec un parti pris pour les ouvriers. On peut le qualifier de démocrate chrétien aux idées socialisantes. Il se présenta, sans succès, aux élections législatives de 1848. À partir de 1849, sa santé décline. Sa résistance diminue. Iil tombe malade et meut à Marseille le 8 septembre 1853. On souligne son départ vers le Père le 9 septembre, étant béatifié à Paris le 9 septembre 1997.

Alain Besner, comité de spiritualité national
Conseil régional du Québec


[1] Madeleine des Rivières, Ozanam; un savant chez les pauvres, Montréal, Bellarmin, p. 44

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